Raphaëlle Milone (éd.): OROR 3

Raphaëlle Milone (éd.)

OROR 3

broché, 400 pages

Date de parution : 25.05.2020

OROR, c'est quelques chose !

OROR, c’est la reprise des fondamentaux de toute contre-culture; comme le détournement ou la dérive de Debord, la destitution d’Agamben, la désaisie de Schürmann, le désoeuvrement de Nancy… et, je dois l’avouer, toujours ce complexe de la communauté inavouable. Reprendre le flambeau.

Contributeurs : Gaëlle Obiégly - Edouard Merino - Marcel Miracle - Georgina Tacou - Hadrien Mossaz - Ferdinand Gouzon - Antonin Veyrac - Adam Tullie - Christophe Manon - Damien Malige - Kamilya Kuspan - Félix Maritaud - Irwin Barbe - John Jefferson Selve - Jean-Paul Chavent - Thibault Capéran - Anton Bialas - Clément Roussier - Jamie Hawksworth - Claire Boreau & David Paige - Mica Arganaraz - Eva Ionesco & Simon Libérati - Erwin Souveton - Camille Cornu - Boris Bergmann - Jean-Pierre Milone - Maya Bloch - Léa Combacal - Danica Lundy - Christophe Brunnquell - Bruno Bressolin - Jim Delbès - Aliasare Buodoshant - Bertrand Schefer - Raphaëlle Milone - Yannick Haenel - Mehdi Belhaj Kacem - Yuri Liberto - Martin Fortier - Jean-Luc Nancy - Christophe Petit - Mangez-Chaud - Pacôme Thiellement - Alexandre Grothendieck - Marko Velk - Antoine D’Agata - Marc Dachy

 

SCÈNE DE MÉNAGE

Un éditorial exquis écrit par Mehdi Belhaj Kacem et Raphaëlle Milone


- Ouf. J’ai vraiment cru qu’on n’y arriverait jamais. Je crois que personne jamais n’en aura autant sué et bavé et chié du cactus pour une revue que nous deux depuis un an et demi. Tant quantitativement – on a bossé comme des turcs – que qualitativement – on a souffert le martyre pour y arriver -. Pas vrai Milone ?

-M’en parle pas. Enfin faut dire qu’on est deux authentiques branques. Bons à lire et écrire mais… faire une revue ? Faut vraiment être fous. D’ailleurs c’est peut-être parce qu’il faut être fou que j’en fais une. C’est comme ça que j’ai commencé le premier numéro, en 2014, toute seule, par idiotie, pour la beauté du geste, tout ça ; je ne me rendais pas compte du boulot que ça représentait… J’avais 23 ans.
Là je ne saurais même pas retracer comment on a fait celui-ci, mais tout à coup, pop ! Ce gigantesque numéro trois d’OROR s’est constitué sous nos yeux, dans toute sa cohérence baroque. Ca a commencé en mars 2017, trouver les auteurs, les artistes…
 
- Quand tu t’y es mise, j’étais en plein dans mon gros bouque, Système du Pléonectique, pour lequel tu m’as tant aidé, qui n’existerait pas sans toi. Je ne me rendais pas compte, au début, que tu comptais sur mon aide, une sorte d’association autour d’OROR, et une manière de matérialiser le fait que nous soyons, comme tu dis, " les deux hémisphères du même cerveau ". J’ai été lent à la détente, mais je m’y suis mis résolument en septembre 2017, quand tu es tombée malade… je ne sais pas s’il y a du hasard dans ces trucs, je ne crois pas… on a travaillé ensemble, mais comme des somnambules… l’inconscient a fait 90% du boulot…


- La plupart du temps cet hiver (d’ailleurs pour moi l’hiver aura duré jusqu’à juillet 2018) j’étais bourrée de médocs, ou bourrée tout court, et je me souviens, j’étais là, à peine consciente, en convalescence dans une chambre d’amis, à essayer d’entraver quelque chose aux textes fantastiques que nos amis (Gaëlle, Christophe, Jeff, Martin, Ferdine et tutti quanti) m’envoyaient. La dépression aurait pu immobiliser mon corps et presque mon cerveau tout entier ; pourtant à pas de louve neurasthénique, OROR grandissait, surtout grâce à toi, qui assurait quand je n’y étais plus pour personne ; c’est pour ça que je considère que c’est notre revue.


- Nan. C’est la tienne. Je n’ai été que ton lieutenant. Ton combat est le mien et je m’y reconnais, c’est tout. L’essentiel d’OROR c’est toi. C’est ton portrait, ton style. Comme je le dis souvent à la cantonade (ou à la Cantona, je me comprends…), tu travailles sur ton "fanzine " – avec la même intensité qu’Antonin Artaud remplissant ses cahiers. Tu ne veux pas démordre de cette appellation, on se demande pourquoi.


- Pourquoi fanzine ? Parce que c’était l’objectif de départ, faire un petit objet livresque avec mes dix ou quinze copains artistes - un fanzine, quoi ; mais je n’ai jamais trouvé l’argent nécessaire, ne serait-ce que pour une impression à la photocopieuse. Je ne me suis pas démontée, j’ai tiré un unique exemplaire papier pour les deux premiers numéros, et j’ai créé un site, www.oror-fanzine.net, sur lequel je les ai mis en ligne. En guise de "distribution" et de promotion, j’avais fait des affiches, sur lesquelles figuraient la couverture, et le nom du site internet, et j’en ai collé dans tout Paris, la nuit, avec un bandana sur le visage, une balayette, un pinceau et de la colle à tapisserie dans une bouteille en plastique. Ça a très bien fonctionné, dès le lendemain, le site comptait déjà de nombreuses visites ! Je considère aussi que c’est un fanzine car je réalise la maquette à la sauvage, sans aucune notion de graphisme. Et ça n’a rien de professionnel, je fais OROR tout en jonglant avec plusieurs boulots tous plus ingrats les uns que les autres. Ça demande un paquet d’énergie. Tu te souviens de la fois où tu m’as emmenée à Strasbourg voir Jean-Luc…


- T’étais au bout du rouleau, exténuée. Mais j’ai fait comme d’habitude avec l’éternelle gamine inadaptée que tu es et qui n’obéit à rien ni personne : je t’ai prise comme un chat par la peau du cou et t’ai dit, on va à Strasbourg et tu vas faire un entretien pour OROR, et un livre sur le sexe avec nous. T’es arrivée dans un état inqualifiable, mais tu l’as fait. Bien sûr, c’est la meilleure partie, celle où tu débats brillamment sur Blanchot avec Jean-Luc après trois verres de cognac dans le pif, qui n’a pas été enregistrée.
Mais ouf, de ce chaos l’essentiel est sauf. Ca fait deleuzien du pauvre, mais on est comme un hydre à deux têtes, tous ces artistes, écrivains, penseurs, qu’on a mobilisés autour d’Oror, tous des fous plus ou moins furieux comme nous, ben c’est toute une faune et toute une flore, un microclimat de subversion en actes que nous aurons captés pour montrer qu’ils existent. C’est ça pour moi Oror ; ça l’était avant et ça le sera après. C’est TA revue. La " praxis révolutionnaire ", que tu dis… j’aimerais que nos lecteurs t’entendent là-dessus…


- Ah. Pff. Ben, disons que c’est très proche des situationnistes. Dans leur sillage. Inventer des situations nouvelles, ne plus faire la distinction entre le vécu et l’art, se réapproprier la culture, l’espace... Ça donne OROR.


- Tous ceux qui te connaissent savent que tu es une situ XXL… tu fous le Bronx partout où tu passes… le héros de Théorème…


- T’exagères un peu. t’as peut-être raison, j’suis toujours pas sortie de ma crise d’ado. J’ai l’allergie des contraintes. Le but, c’est de faire de la vie une oeuvre. C’était ça toutes ces revues du vingtième siècle que j’ai adorées, que je collectionnais comme des reliquats sacrés. Mes obsessions d’ado, Dada, la Révolution surréaliste, L’internationale situationniste, le grand jeu, Blast, mais aussi les zine punks, comme Slash, ou pour les français des années 80, Magazine ou Façade, sans parler d’Actuel, Hara-Kiri, Métal Hurlant, tout ça traînait dans des cartons chez mes grands-parents, ça appartenait à mon père, il lisait ça à l’époque.  J’ai appris à lire, au tournant des années 2000, mais dans les années 70-80, en fait !
D’ailleurs, une remarque comme ça, c’est symptomatique aujourd’hui, ce complexe de la référence, moi ça me pose aucun problème de faire du post-post-post X. Rien n’est jamais identique à rien, et un même texte, lu à des époques différentes, ou une même oeuvre, vue à des époques différentes, ne sont jamais, jamais les mêmes.
Faire de la vie une oeuvre – et donc une politique – c’est : décloisonner le monde intime, le monde extime, le monde public - et paradoxalement il faut être désoeuvré pour faire oeuvre. Singulier pour faire pluriel. Oui oui, on marche sur la tête, et alors ?
Par exemple, en transmutant des rencontres, des amitiés, des amours, des affinités littéraires, philosophiques, écologiques, que sais-je, en un objet : une revue. Par exemple. Ou c’est passer par l’action, comme le collectif Mangez-chaud. Ériger des zones d’évasions. Semer un peu de fantaisie. La praxis révolutionnaire, grosso modo ça revient à CRÉER, une situation, un agencement, n’importe quoi mais c’est sortir de la passivité, du confort, du consumérisme, de l’à-quoi-bonisme et de bien d’autres inanités. C’est parler, écrire, dessiner, filmer, photographier, danser, penser, aimer, mettre en relation. Par soi.


- Tu ne dis plus " fanzine " mais revue…


- Oui, puisqu’à ma grande joie, OROR a trouvé un éditeur ! Et puis le volume 3 est devenu trop conséquent pour pouvoir être qualifier de zine, c’est plus qu’un fanzine, c’est un méta-fanzine ou archi-fanzine. Ce n’est pas non plus exactement une revue mais c’est ce qui s’en rapproche le plus. Moi, très honnêtement, je vois ce numéro comme un livre à part entière. Voilà... Faire revue à partir et autour de soi, c’est ça pour moi la praxis révolutionnaire, ici et maintenant. " Community of loners ", j’avais tamponné ça dans un précédent numéro d’Oror.
On est tous des taupes isolées mais ça donne quand même quelque chose d’homogène dans son hétérogénéité même.
OROR, c’est la reprise des fondamentaux de toute contre-culture; comme le détournement ou la dérive de Debord, la destitution d’Agamben, la désaisie de Schürmann, le désoeuvrement de Nancy… et, je dois l’avouer, toujours ce complexe de la communauté inavouable. Reprendre le flambeau. Quoi, c’est vrai qu’on se sent seuls, non ?


- Tu te sens toute seule, parce que tu veux toujours tout faire à ta manière. Mais on arrive jamais à rien toute seule, espèce d’idiote d’autiste !


- C’est vrai. D’ailleurs, sous un autre rapport, faire une revue, ça a toujours été un moyen de m’exprimer à travers les autres. De chercher à capter mon propre esprit. Comme si je n’osais pas… ou que j’aurais trop à dire pour… Là, je suis satisfaite, ce numéro 3 est la parfaite synthèse de mes recherches et trouvailles des deux dernières années. C’est aussi un projet initiatique – voire quasi-autobiographique -, donc oui tu as raison, c’est aussi une expérience de l’indispensable altérité…


- Et comme dit Ferdine, " t’as quand même un livre à finir, aussi, tu peux pas tout faire ". Il y aura un numéro 4 ?


- Oui. Oror va me suivre et se transformer avec moi, rien ne presse, car tout ça est gratuit. Et si j’écris un livre, tu te doutes bien que ce n’en sera pas exactement un."


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