« Ce libre droit du temps à disposer de lui-même doit être reconnu au même titre que celui des peuples. »
« Ce libre droit du temps à disposer de lui-même doit être reconnu au même titre que celui des peuples. »

Alexander Kluge, Gerhard Richter

Futur antérieure

Ce que révèle mon histoire, l’histoire d’un être humain et vivant, n’est pas le PASSÉ RÉVOLU (ce qui fut, parce que ce n’est plus), ce n’est pas non plus le passé composé de ce qui a été et perdure dans ce que je suis mais l’AUTRE de ce que j’ai été pour ce que je suis en passe de devenir. – Si je vous comprends bien, c’est du deuil de « ce que je suis en train de devenir » qu’il s’agit. Je...
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Arts

Jacques Rancière

« L’appréciation esthétique d’une forme est sans concept. »

Qu’entendre par l’invocation d’une « esthétique de la connaissance » ? Manifestement il ne s’agit pas de dire que les formes de la connaissance devraient s’adjoindre une dimension esthétique. L’expression présuppose qu’une telle dimension n’a pas à être ajoutée, comme un ornement supplémentaire, qu’elle est là de toute façon comme une donnée immanente de la connaissance. Reste à voir ce que cela implique. La thèse que je voudrais présenter est simple : parler d’une dimension esthétique de la connaissance, c’est parler d’une dimension d’ignorance qui divise l’idée même et la pratique de la connaissance. 


Cette proposition implique évidemment une thèse préalable quant à ce qu’ « esthétique » veut dire. La thèse est la suivante : l’esthétique n’est pas la théorie du beau ou de l’art, elle n’est pas non plus la théorie de la sensibilité. Esthétique est un concept historiquement déterminé qui désigne un régime spécifique de visibilité et d’intelligibilité de l’art, qui s’inscrit dans une reconfiguration...

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Il disait « ne travaille jamais ! »
Il disait « ne travaille jamais ! »

Raphaëlle Milone

Dachy Vivant

Vivant, je ne l’appelais jamais Dachy, je l’appelais Marc. On ne peut pas s’empêcher de les transformer, les morts. Ils nécessitent un traitement spécial. Je l’ai rencontré deux mois avant de faire une tentative de suicide, en mai 2014. J’avais vingt-deux ans. Un ami, C., nous a présentés ; ce devait être fait. J’étais en train d’élaborer le premier numéro d’un fanzine, que j’avais choisi d’appeler OROR. La première chose que j’ai expliquée à Dachy, c’est qu’OROR était la moitié lumineuse de Maldoror....
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Littérature

Joseph Mitchell

Madame, Monsieur, regardez la Danse !

Les calypsos viennent de Trinidad, une île britannique des Caraïbes proche de la côte du Venezuela qui fournit aussi au monde de l’asphalte ainsi que l’amer Angustura. Ils sont composés par des hommes hautains, amoraux qui boivent sec et qui se donnent le nom de calypsoniens. En grande majorité ce sont des Noirs. Une guitare sous le bras, ils passent leur temps dans les rhumeries et les cafés chinois de Marine Square et Frederick Street à Port-of-Spain, la ville principale de Trinidad, en quête de rumeurs autour desquelles ils pourraient construire un calypso. Nombre d’entre eux se vantent avec raison du fait que des femmes se battent pour avoir le droit de subvenir à leurs besoins. La plupart sont des vétérans des prisons de l’île. Pour se distinguer des hommes ordinaires, ils n’utilisent pas leurs noms légaux mais vivent et chantent avec des titres adoptés tels que Growler, Lord Executor,...

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Littérature

Joseph Mitchell

« Avis. Pas ­d’arrière-salle ici pour les dames. »

Il existe un restaurant dans River Street à Hoboken, dans le New Jersey, en face des jetées et à quelques pâtés de maisons de la remise du Lackawanna Ferry, qui s’appelle My Blue Heaven Italian Restaurant. Un été, je revenais de Copenhague sur un cargo de Hog Island, la nourriture était mauvaise et, quand le cargo s’est finalement amarré à Hoboken, le premier endroit que j’ai vu où je pouvais manger était My Blue Heaven et j’y suis allé directement avec ma valise à la main. Je me suis assis et le serveur m’a tendu un menu, mais avant que j’aie commencé à lire, il m’a dit que le plat du jour était un risotto avec du calamari et qu’il me le recommandait. « C’est du riz, a-t-il dit, avec des calmars. » Je n’avais encore jamais alors mangé de risotto, et certainement pas de calmar, mais j’ai commandé le plat du...

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Guy Debord fut le Christ de l’avant-garde.
Guy Debord fut le Christ de l’avant-garde.

Mehdi Belhaj Kacem

Tombeau pour Guy Debord

Guy Debord fut le Christ de l’avant-garde, immolé sur son idéologie, que plus que quiconque (Tzara, Duchamp, Artaud, l’actionnisme viennois…) il aura poussé à son extrême limite. Il en satura toutes les possibilités et toutes les impasses. Il n’y avait, pour ses prétentions démesurées, ni échec, ni réussite. Son parcours doit être aujourd’hui évalué selon d’autres mensurations : celles qu’à point nommé la disparition des avant-gardes nous laisse en héritage. Pour le dire avec Reiner Schürmann : la vérité est une « conflictualité...
La conscience est contagieuse et devient virale.
La conscience est contagieuse et devient virale.

Emanuele Coccia

Le futur de la littérature

Notre vie, où l’on pouvait circuler librement, créer ses propres communautés, vivre ensemble dans un espace choisi et défini, même s’il était secret, a connu un arrêt. Du jour au lendemain, la ville est devenue illégale : il est devenu impossible de la traverser, sauf à des heures précises, avec des buts spécifiques et limités (acheter de la nourriture avant tout) et pour de très courtes périodes. C’est ce qu’ont vécu, aux quatre coins du monde, beaucoup d’entre nous. La création...
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